Je suis un attardé mental
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Lucide, Claude Rudaz s'indigne du regard que la société porte sur
lui.
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Un petit mot glissé dans le courrier du journal, une invitation à
répondre, un message empreint de tendresse, c'est la main tendue par
Claude Rudaz. Un homme que la société a classé, un jour, dans le
secteur des handicapés mentaux et qu'il valait la peine d'entendre, de
découvrir.
Un homme qui possède des idées est capable de les verbaliser et
nous invite à la réflexion. Et pourtant, comme il le dit lui-même
avec ironie, parodiant ceux qui l'ont catalogué un jour: "Je
suis un attardé mental." Puis, il ajoute avec une pointe à
peine perceptible de tristesse au fond des yeux. "Ce n'est pas
une raison pour me manquer de respect." L'entrée en matière
est brutale, mais elle a le mérite de dire clairement ce que d'aucuns
pensent tout bas.
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Et mon avis ?
Claude accepte le constat que la société a posé sur lui. En
revanche, il s'indigne du peu d'intérêt que certains lui imposent.
"J'ai effectué toutes mes écoles à Fribourg, dans un institut
spécialisé, de 6 à 16 ans. Puis, on m'a placé au centre ORIPH.
J'avais d'autres objectifs. On n'a pas tenu compte de mon avis. C'est
fou ce que l'institution pèse sur les décisions de la famille."
Et cet homme qui s'exprime de manière cohérente, poursuit son
récit: "Je ne parvenais pas à me trouver. Finalement, j'ai
abouti à l'hôpital psychiatrique de Malévoz, pendant un an de
manière injuste."
L'abrutissement d'un traitement médicamenteux, une orientation mal
évaluée. Qui du handicapé mental et du médecin psychiatre détient
finalement le pouvoir ? poser la question consiste à y répondre.
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Soulager les autres
"Aujourd'hui, je suis à l'assurance invalidité. J'ai
effectué un long travail sur moi. Je sais que je suis un être humain
comme tout le monde et que j'ai les mêmes droits."
Ainsi, Claude tient à s'investir pour ses proches, son entourage.
"Vous aussi, dit-il, vous faites partie de cet entourage."
Et d'ajouter: "Je suis certain que je peux apporter de mon
expérience pour soulager les autres. Ce n'est pas parce que je suis
handicapé que je n'ai rien dans la tête."
Evoquant sa souffrance, qu'il s'efforce de maîtriser, cet homme
précise: "Souvent, je ne trouve que de l'incompréhension, aucun
soutien moral. Personne ne peut imaginer ce qu'un handicapé mental doit
supporter. Le manque de compréhension des personnes soi-disant normales
est intolérable."
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La différence
Lorsque vous lui demandez ce qu'il voit dans le regard des autres,
Claude est formel. "Je vois ou de la pitié ou de la
méchanceté. Rarement des sentiments." Il est vrai que Claude
s'exprime avec quelques difficultés, mais ceci ne devrait pas expliquer
cela. "Finalement, les gens n'acceptent pas la différence. Moi,
j'ai fait la distinction entre ma différence et celle des autres. Il
faut passer le mur de la honte et celui de la peur pour accepter d'être
autrement. Je crois que j'y suis parvenu."
Malgré tout, l'espoir anime toujours cet être débordant
d'enthousiasme, plein de bonnes volontés. "La société doit
changer. Elle devrait se montrer plus solidaire avec les handicapés."
Face à la crise que l'on traverse, Claude propose une recette. "Je
suis conscient que beaucoup doivent affronter de gros problèmes.
Souvent, ils ont peur de réagir. En nous mettant tous ensemble, nous
pouvons parvenir à renverser le monde."
Pour vous convaincre, Claude rappelle tout ce qu'il a dû endurer.
"A travers tout mon combat personnel, j'ai complètement changé
d'orientation. Avant, j'étais très dépressif maintenant; ça m'arrive
encore de me décourager face à l'intolérance, mais peu de jours par
année."
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Gâteux dans un coin
"Vous savez, moi je me sens bien dans ma peau. Je me balade.
Je m'occupe des gens qui veulent bien de mes services. C'est vrai que
j'aimerais beaucoup un travail. Pourquoi n'ai-je pas le droit de faire
ce que font les autres ?"
S'il souffre de la tutelle qu'on lui a mise à sa sortie de
l'hôpital psychiatrique, Claude reconnaît que son tuteur est bien.
"Avant, il était un ami. Aujourd'hui, vu la situation, nos
rapports ont changé. C'est un copain."
Que de nuances dans les propos de cet homme qui se bat pour être
considéré comme un être simple, mais normal !
"J'ai effectué un grand effort pour mieux m'exprimer. Je
sais que mes propos dérangent. On préférerait me voir gâteux dans un
coin. Mais ce n'est pas parce que je suis handicapé, que je dois tout
supporter. Je tâche de ne pas profiter de la société. A elle de faire
de même."
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article rédigé par ARIANE MANFRINO paru dans le
Nouvelliste, 1998
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